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François
et Claire à l'écoute de la Parole Les trois grandes Libérations Septième jour 3 L'OBÉISSANCE |
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| Première
méditation: Le MYSTÈRE DE LOBÉISSANCE DU CHRIST - Obéissance
jusquà la mort, et la mort en croix (Philippiens
2, 8) Deuxième
méditation: LOBÉISSANCE FRANCISCAINE -Actualisation:
-
Intériorisation: |
Première méditation
Le
Mystère de lobéissance du Christ
Lecture
biblique :Philippiens 2, 1 - 16
Obéissant jusquà la mort et la mort de la croix (Ph 2, 8)
Ce qui distingue lobéissance dans la vie consacrée, des autres formes de disciplines sociales, ce nest pas le simple fait dobéir. Quel que soit notre état de vie, on obéit, et en de multiples situations, plus que dans les couvents! La vie est chaque jour davantage sujette à des codes, des règlementations, tours de garde, code du travail...Ponctualité et rigueur marquent les activités des personnes; la machine va progressivement réglementant les tâches humaines. Lordinateur commence à imposer sa dictature.
Ce qui donne sa valeur à lobéissance religieuse est le motif et la manière dobéir. Il ne sagit pas dune soumission de caractère social ou fonctionnel, exigence de lorganisation du travail ou dengagement familial ou professionnel. Pour trouver la motivation fondamentale dune vie en obéissance, choisie volontairement, il est nécessaire de pénétrer le mystère de luvre salvatrice du Christ, le Serviteur de Yahvé, tel que Saint Paul la développe.
Toute la vie de Jésus est marquée par lobéissance, jusquà la mort, et la mort de la croix (Ph 2, 8). Il est lexemple présenté, par lapôtre aux chrétiens de Philippe, lune de ses communauté préférées, qui à lorigine était très unie et docile, et ensuite devait lui causer quelques inquiétudes, en raison de ses brouilles et indisciplines. Cependant mes frères, vous qui mavez toujours obéi quand je me trouvais ici, maintenant que je suis absent... obéissez plus encore, Faites tout sans plaintes ni discussions (Ph 2, 2-14).
Ce fut la désobéissance du premier homme qui a introduit le péché dans le monde, et par le péché la mort. Mais Dieu répara cette prévarication par lobéissance du nouvel Adam, Jésus Christ. Cette victoire de la grâce salvifique inaugure la nouvelle Alliance, bien supérieure à la première, là où le péché abonda, la grâce surabonda sur la multitude (Rm 5,12-21). Les Pères du IIeme siècle, Justin et Irénée compléteront larche de réconciliation; la grâce divine, sétendra à Marie, la nouvelle Ève, qui par son obéissance dans la foi, accueillit le Verbe incarné en son sein virginal.
Au oui de la servante du Seigneur, sunit le oui du Fils de Dieu, dés le premier instant de son existence humaine, moyennant loffrande faite au Père avec les paroles du psaume (40, 7-9):
Ainsi en entrant dans ce monde, Le Christ dit : De sacrifice et doffrande tu nas pas voulu, mais tu mas façonné un corps. Tu mas percé les oreilles (pour les Hébreux signe de lidentification des esclaves)...Quant à moi, je déclare: Je suis là O Dieu ! Je suis venu faire ta volonté (He 10, 5-7)
Lobéissance au Père est le pôle de la vie du Christ, et son aliment (Jn 4, 34). À de nombreuses reprises, il affirma, devant ses adversaires: Je ne prétends pas faire ma volonté, mais celle de mon Père qui ma envoyé (Jn 5, 30). Et il reconnut pour son frère, sa sur, et sa mère, celui qui réalise la volonté de son Père (Mt 12, 50). À cause de cela il nous enseigna à demander à notre père : Que soit faite ta volonté, ici sur terre comme au ciel.
Cette obéissance au Père se changera en immolation et holocauste rédempteur dans lagonie, devant le spectre de la souffrance: Non pas ma volonté, mais la tienne! Ce fut ainsi quil apprit lobéissance à travers les souffrances, et sa mission achevée, il devint source de salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent (He 5, 8s).
Dans cette théologie du mystère de lobéissance du Christ, cause de notre salut, nous découvrons, nous, religieux, la raison dêtre de notre consécration en obéissance, et également la manière de la pratiquer, étant, une véritable obéissance de la foi. Dans sa vie terrestre, Jésus embrasse le style divin des médiations quil a engendrées. Parfois les instruments de la volonté du Père lui sont agréables, cest le cas de lautorité de Marie et de Joseph, auxquels il se soumet en tout (Lc 2,51); mais sont aussi pour lui les instruments de cette sainte volonté: lempereur romain qui ne commande pas toujours des choses justes, le roi Hérode, Ponce Pilate, et jusquaux bourreaux durant la passion, pour lesquels il implore le pardon du Père.
Saint François donne pour fondement à la vie dobéissance des frères, le ministère dobéissance rédemptrice du Christ, qui a donné sa vie pour être obéissant au Père très saint (LOrd 67). Lobéissance franciscaine est un impératif de notre propre conversion au Christ. Le frère mineur obéit, non pas tellement pour accomplir un ordre déterminé, mais surtout pour offrir au Christ le témoignage de lamour moyennant le renoncement à lui-même. Dans ce sens, il nest pas insensé dobéir simplement pour obéir. Le Petit-pauvre aimait davoir toujours un supérieur direct de qui il était dépendant, afin de ne pas être privé du bénéfice de lobéissance (T 27s; LP 106; LC 6).
La liberté du chrétien dûment mûrie
Il peut paraître paradoxal de considérer la vie en obéissance volontaire comme un choix de la liberté. Laspiration à lautonomie, innée dans lhomme, ne parâit guère se concilier, surtout aujourdhui, avec une vie de subordination. De fait, si obéir était synonyme de dépendre passivement dune autre personne, abdiquant de sa propre responsabilité, ce serait un choix avilissant. Mais quand cette décision est prise dune manière libre et consciente, pour suivre limpulsion de lEsprit, qui nest pas un esprit desclavage, on découvre une authentique liberté chrétienne: Où il y a lEsprit du Seigneur, il y a liberté (2Co 3, 17). Le texte clé, qui illumina lesprit évangélique de François et le poussa à découvrir le véritable sens de lautorité et de lobéissance dans la fraternité, fut celui de Saint Paul dans sa lettre aux Galates ( 5, 13s):
Frères, vous avez été appelés à la liberté. Que cette liberté ne soit pas pour vous un prétexte pour suivre vos mauvais instincts. Mais au contraire, que lamour place chacun dentre vous au service les uns des autres.
Personne au monde ne doit se sentir plus libre que le chrétien, libéré de tant dassujettissements qui conditionnent le don de la liberté, et tout spécialement légoïsme. La charité est la force qui fait mûrir la liberté des personnes, les aidant à sortir delles-mêmes pour aller à la rencontre de lautre. La liberté chrétienne est capacité de service.
Le séraphique Père applique le texte de Saint Paul aux relations entre les ministres ou supérieurs et aux autres frères; il voudrait voir entre eux une espèce dopiniâtreté à se servir réciproquement les uns les autres, poussés par lamour: Par la charité de lesprit (selon le texte de la vulgate) quils se servent avec bonté et quils sobéissent les uns les autres (Ga 5,13). Cest elle la véritable et sainte obéissance de Notre Seigneur Jésus Christ (1R 5, 14s).
Le climat évangélique dans lequel le saint se situe pour donner une telle définition de lobéissance est le chapitre 20 de Saint Matthieu, quil cite textuellement, afin de tracer limage lumineuse du ministre et serviteur de la fraternité:
Il nappartient à aucun des frères davoir quelque pouvoir ou supériorité entre eux. Cependant, comme dit le Seigneur dans lÉvangile, les chefs des peuples ont pouvoir sur leurs sujets, et les grands oppriment les petits de leur pouvoir (Mt 20, 25-26). Mais parmi les frères il ne saurait en être ainsi. Au contraire, celui qui veut être le plus grand entre eux, quil soit ministre et serviteur, et celui qui est le plus grand, quil soit au milieu deux le plus petit (Lc 22,26) (1R 5, 9-12).
Antérieurement il se référera à la partie finale de lenseignement de Jésus, quil reprend également dans les Admonitions:
Que les ministres et serviteurs aient présent à lesprit ce que dit le Seigneur : Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir Mt 20, 28) (1R 4, 6; Adm 4,1).
Il nest pas inutile de rappeler à ce propos que ce passage évangélique est de loin le texte biblique le plus cité dans les documents de Vatican II, appliqué à tous ceux qui sont appelés à assumer des charges de responsabilités dans le peuple chrétien. LÉglise elle-même étant dans le monde non pour être servie, mais pour servir.
Communauté et service
Lexemple du Christ obéissant jusquà la mort, et la mort de la croix, fut la base dont se servit Saint Paul pour définir lexigence de lobéissance dans la communauté chrétienne, correspondant à la communauté religieuse. Dans la lettre aux chrétiens de Philippe déjà citée, il les invite à découvrir le malaise régnant : lesprit de rivalité et de vaine gloire, le manque dhumilité du cur, chacun se considérant comme un supérieur au dessus des autres, lintérêt personnel (Ph 2, 1-4). Et il leur donne en exemple la Kénose, leffacement du Christ, fait serviteur et obéissant.
Dans sa lettre aux
Romains, il fait une analyse semblable, des ennemis de
lobéissance du Christ, en référence à la communion au
Christ, il leur recommande:
Soyez sincères dans votre
charité...; considérez les autres plus dignes...cultivez entre
vous un même esprit, sans vous laisser séduire par des rêves
de grandeur... (Rm
12, 3-16).
De cette charité, faite service, naquit la hiérarchie dans lÉglise. Les apôtres avaient réussi à transformer en réalité le testament du Christ à la communauté de Jérusalem; lunion fraternelle était une expérience heureuse, qui aussitôt se transforma en partage de biens et en volonté de servir. Le concept de service sexprime à travers la parole francisée du grec diaconie, et du latin ministère. Surgirent des difficultés dans la communauté, précisément par manque de bon ordre dans le service : les hellénistes se plaignaient que leurs veuves nétaient pas aussi bien assistées que celles des Hébreux. Face à ce problème les apôtres pensèrent quil nétait pas opportun quils semploient au service des tables, ils devaient plutôt se dédier à la prière et au ministère de la parole. Pour résoudre le problème, la communauté décida de choisir sept hommes, et les apôtres leur imposèrent les mains, faisant deux des participants de leur propre mission. On y vit plus tard des diacres, ce qui veut dire: hommes de service (Ac 6,1-6).
Tout le pouvoir de lÉglise, quil soit entier ou participé, est ministère, comme lenseigne Vatican II :Les ministres en effet, dotés dun pouvoir sacré, sont au service de leurs frères, pour que tous ceux qui sont du Peuple de Dieu et par là jouissent de la vraie dignité chrétienne, parviennent au salut, aspirant tous ensemble, librement et dune façon ordonnée à la même fin (LG 18).
Il est évident que François na rien perçu de cette dérivation sémantique; ce fut pure intuition de sa part davoir choisi la dénomination de ministres et serviteurs, comme étant la plus évangélique pour désigner les frères à qui est confié le soin des âmes de ses frères (1R 4, 6).
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Deuxième méditation
LOBÉISSANCE
FRANCISCAINE
Lecture
biblique :Jean 13, 1-17
Obéissance de charité
Lobéissance franciscaine pour être vraiment chrétienne, fait partie de la dynamique interne de la fraternité. Elle nest pas le droit de celui qui commande, ni hommage de soumission de celui qui obéit. Saint François, à linverse du plus grand nombre de théologiens, ne considère pas lobéissance comme une vertu intégrante de la justice, il préfère voir en elle la sur de la charité: O madame sainte charité, que le Seigneur te sauve, avec ta sur sainte obéissance ! (SV 3). Une fois réussie la communion sincère des esprits et des curs on trouve dans lobéissance la meilleure expression de cette disponibilité fraternelle. Ainsi, du groupe réuni au nom du Christ, où tous ont la même obligation de service, jaillit lautorité comme une forme obligée de service, nécessaire pour une bonne organisation de la fraternité. Obéissant aux lois, à la distribution des offices et occupations, aux horaires, aux ordres des supérieurs, chaque frère sert tous les frères de la communauté, et souvre à tous.
À cette prévenance à Dieu et au prochain, François donne le nom dobéissancee de charité (Adm 3,6), car cest bien la charité qui en est la raison profonde. Le frère obéissant renforce la fraternité, alors que le frère indiscipliné la rend impossible. Celui-ci est un homicide, en effet avec son mauvais exemple il est cause de ruine pour beaucoup (Adm 3,10). Même sil nest pas daccord avec la décision dun supérieur, et sil ny a pas dabus dautorité de sa part, ou pire encore, si le religieux pour raison de conscience, se voit contraint de désobéir, en aucun cas il ne peut y avoir de raison de briser les liens qui unissent la fraternité. Cest ainsi que le saint voit la résolution de conflits qui peuvent surgir entre lautorité et la responsabilité personnelle (Adm 3,5-9).
Le frère destiné au service et à lutilité de tous
Nous avons déjà vu
comment le concept franciscain de la fonction de ceux qui
représentent lautorité est enraciné dans
évangile: Ils sont ministres et serviteurs. Dans la
première règle, le fondateur interdit tout titre honorifique,
aussi bien que
quelque attitude de supériorité:
Aucun des frères ne doit avoir quelque pouvoir ou supériorité sur les autres (5,9). Que personne ne se donne le nom de prieur, mais tous indistinctement, sappellent frères mineurs. Et quils se lavent les pieds les uns les autres (6 , 3-4).
Pour tout frère chargé du soin des autres frères, la notion présentée par le fondateur pour désigner le ministre général est valable: cest un frère désigné spécifiquement pour le service et lutilité commune des frères (2R 8, 4). Et le premier service que les frères ont le droit de recevoir de leur inistre et serviteur cest celui qui dérive de sa responsabilité pastorale:
Les ministres et serviteurs ne doivent jamais oublier que ce sont les âmes de leurs frères qui leur furent confiées; si quelques uns dentre eux se perdaient par leur faute ou leur mauvais exemple, ils auraient à en rendre compte à notre Seigneur Jésus Christ le jour du jugement (1R 4,6).
Ce service pastoral inclut lobligation de visiter les frères fréquemment, ou encore de rencontrer personnellement chacun des frères, les exhorter, les instruire et les animer spirituellement (1R 4,2). Dans la Règle définitive, le fondateur jugea nécessaire dajouter également le devoir de les corriger, mais en soulignant que cela devait se faire avec humilité et charité (2R 10, 1). Personne comme Sainte Claire ne décrivit mieux quelle, le style daccueil évangélique que chaque sur était en droit dattendre, de celle qui occupe la charge de guide et animateur de la fraternité:
Je prie aussi celle qui sera responsable des surs de se distinguer des autres, non par lexercice de son office, mais par ses vertus et la sainteté de sa manière de vivre, de telle façon que les surs, provoquées par son exemple, nobéissent pas tant à cause de son office, mais plutôt par amour. Quelle soit aussi prévoyante et discrète envers ses surs, comme une bonne mère à légard de ses filles ..quelle soit aussi tellement bienveillante et accessible quelles puissent avec assurance manifester leurs nécessités et recourir à elles à toute heure avec confiance, comme il leur semblera expédient, tant pour elles que pour leurs surs (TCL 61-66).
Dans la Règle également elle laissa un portrait idéal de labbesse et mère : Avant tout, elle doit être bien pénétrée de sa responsabilité devant Dieu et chacune des surs; elle doit les enseigner spécialement par son exemple; éviter les appropriations affectives; Il lui appartient de consoler les affligées et être lultime refuge des tourmentées ; elle doit suivre en tous points la vie commune, sans aucune singularité. Pour maintenir la communion fraternelle et lesprit de corresponsabilité chez les surs, elle doit, au moins une fois la semaine, avoir avec elles une rencontre de révision, dinformation et déchange fraternel sur les sujets qui intéressent la communauté (RCL 4,9-18). Celui qui a reçu mission dêtre le guide des autres frères ou surs, se doit de lire avec attention la lettre que François adressa à un ministre qui était affligé de ne pouvoir réussir à avoir des frères comme il le souhaitait, et à cause de cela, il lui demandait dêtre déchargé de cette responsabilité et lautorisation de se retirer dans un ermitage. Le saint lui montre que la cause de son inquiétude est lobsession de vouloir imposer aux autres son propre idéal de perfection, alors quil devrait respecter les chemins de Dieu - une erreur à laquelle sont trop souvent entraînés les formateurs:
Aime ceux qui te font ces choses, et ne veuille deux rien dautre que ce que le Seigneur te donnera. Et aime les en cela, et ne veuille pas quils soient meilleurs chrétiens. Et que ce soit pour toi plus que lermitage (LMin. 5-8)
La deuxième partie de la lettre contient la recommandation incomparable sur la façon de se conduire avec un frère coupable, en particulier sur lobligation de tous ceux qui ont connaissance de la fragilité dun frère, en évitant de lui faire honte ou de le critiquer, gardant secret le péché de ce frère.
Renonciation à sa volonté propre François sefforce de définir bien clairement limage évangélique du supérieur, convaincu est-il que, quand on donne un ordre dune manière évangélique, on ne peut qu obéir dune manière évangélique. Mais il nest pas moins exigeant, quand il réclame lobéissance des frères:
Quant aux frères qui sont sujets, quils se rappellent que, pour Dieu, ils ont renoncé à leur volonté propre. Aussi je leur prescris fermement dobéir à leurs ministres en tout ce quils ont promis au Seigneur dobserver et qui nest pas contraire à leur âme et à notre Règle (10, 2s). Cest également en des termes identiques que Claire sexprime dans sa propre Règle (10, 2s).
La renonciation à la volonté propre dont parle également Vatican II (PC 14), doit sentendre comme pour les autres renoncements évangéliques, non comme des renoncements, mais comme des libérations. Parmi les appropriations contraires à lesprit de pauvreté, contre lesquelles François met en garde ses frères, lune delle est celle de la volonté, résurgence du péché originel (Adm 2,3; 3.10;19,4). Renoncer à sa volonté propre est remporter la victoire contre toute volonté corporelle et charnelle, pour se soumettre à lobéissance de lesprit (SV 14). Cest exactement le prix établi par Saint Paul, comme nous lavons déjà vu pour un mûrissement dans la véritable liberté (Ga 5,13).
Pour François, lobéissance ne consiste absolument pas à abdiquer sa liberté. Ainsi nous le voyons insister et affirmer les deux limites de lautorité: la conscience personnelle et la fidélité à la Règle promise. Nous trouvons répété à plusieurs reprises ladverbe volontairement, nous le trouvons aussi chez Sainte Claire, évoquant son obéissance à Saint François (TCL 25,39), et pour son propre compte elle ajoute au texte de la Règle de Saint François un détail significatif :
Quant aux surs qui sont sujettes, quelles se rappellent que, pour Dieu, elles ont renoncé à leurs volontés propres. Aussi je veux quelles obéissent à leur mère, comme elles lont promis au Seigneur (TCL 67).
Nous revenons à la célèbre Exhortation sur la véritable obéissance (Adm 3), dans laquelle le fondateur analyse trois cas susceptibles de provoquer des conflits, qui peuvent soffrir au bon religieux. Comme présupposé pour un juste discernement, François se situe au plan évangélique de renoncement et de lattitude préalable du frère totalement abandonné entre les mains de lobéissance.
Premier cas : Le frère agit de sa propre initiative, sans avoir reçu aucun ordre. Le saint explique que la véritable obéissance tient à deux conditions: Que ce quil fait soit bon, et na pas été interdit. Nous noublions pas que le fondateur a dans son esprit la réalité de fraternités itinérantes, sans demeure fixe. À présent, quelque choix important dinitiative propre devra être soumis non seulement à lapprobation du supérieur, mais aussi au discernement communautaire. Toutefois, aussi bien le supérieur que les autres frères doivent accueillir toute initiative utile. Une communauté locale ou provinciale sera dautant plus riche en fruits dapostolat dans la mesure où le plus dinitiatives personnelles ont été prises et ont été bien accueillies. Un exercice de lautorité qui ne favoriserait pas despace à la créativité personnelle, serait asphyxiant. Deuxième cas : Le frère juge inopportune la décision du supérieur, lequel, malgré cela la maintient, même après avoir consulté lopinion des frères. Réponse de François : Le frère doit renoncer à son point de vue au bénéfice de lunion fraternelle. Cest ce renoncement que le saint appelle obéissance caritative, la charité étant le motif qui dirime et prévaut. Il nest pas question dobéissance aveugle , en effet le frère demeure convaincu que son critère est le plus sage; malgré cela il se soumet et cherche à exécuter ce qua décidé le supérieur. Dans une fraternité évangélique il ny a pas de place pour des oppositions, comme dans les démocraties; mais de collaboration généreuse dans la décision. Elle sera dautant plus constructive que le renoncement a été plus grand.
Troisième cas, plus délicat: Le supérieur donne un ordre auquel le frère juge quil ne peut obéir en conscience; cest le cas typique de lobjection de conscience. Réponse du saint : Il est clair quil ne peut obéir, mais par ailleurs il se doit déviter les divisions, même sil doit subir persécution de la part de quelques uns, ( de ceux qui sont en accord avec le supérieur) : aime-les encore plus en Dieu; En effet celui qui préfère supporter la persécution plutôt que de vouloir être séparé de ses frères demeure vraiment dans lobéissance parfaite, parce quil livre son âme pour ses frères (Adm 3 1-9). Lobjection de conscience est en relation avec le droit, que le fondateur, à deux reprises dans les règles reconnaît au frère, dans les circonstances où il se trouve, et pense quil ne peut observer spirituellement la règle (1R 6,11; 2R 10,4). On notera le paradoxe: cest à ce rébellion soumis et affable que François donne le nom dobéissance parfaite.
Il serait difficile daller plus loin dans ce que Vatican II désigna comme une obéissance active et responsable(PC 14). À la lumière de cette pédagogie, certains procédés attribués tardivement à S.François, dont il se serait servi pour inculquer une obéissance aveugle et passive nont aucun fondement; par exemple la comparaison avec le cadavre, ou lépreuve imposée aux novices de planter les choux avec la racine en lair et les feuilles en terre... il sagit ici de topiques dorigine monastique, qui nont rien à voir avec le style du Petit-pauvre.
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Aujourdhui
COMMENT RETROUVER AUJOURDHUI LOBÉISSANCE de CHARITÉ ?
La relation entre lautorité et lobéissance selon la pensée de François, comme également tant dautres composantes de lutopie évangélique, a duré peu de temps. Elle avait pour base la foi du Petit-pauvre dans la présence et laction de lEsprit Saint en chaque frère, supérieur ou sujet. En effet il était persuadé quil ne pouvait pas y avoir conflits, si celui qui commande et celui qui obéit sont dociles à limpulsion divine. À cause de cela, il voulait nommer lEsprit Saint ministre général de la fraternité (2C 193). Une fois consolidées les structures du gouvernement de lOrdre, il était inévitable que soit de plus en plus affirmé le principe dautorité, à labri dune pédagogie ascétique qui va transformer lobéissance religieuse en dépendance, plus quune adhésion active et spontanée à la volonté divine, usant de la liberté des enfants de Dieu.
La récente découverte de la racine biblique de la consécration en obéissance, avec laide du magistère de lÉglise nous a permis, à nous aussi, de mieux mettre en lumière les enseignements et le style de François et de Claire: lobéissance comme service , dont la vigueur est en étroite relation avec la vitalité de lunion fraternelle. Mais aujourdhui plongés dans le matérialisme qui nous enveloppe et le fonctionnarisme technique, qui ne se préoccupe plus de savoir le pourquoi et le comment, pour ne sintéresser quau rendement utile de ce qui se fait, y aura-t-il encore un espace pour cette obéissance de foi ? (PC 14).
En outre, nous vivons dans un climat de démocratie sociale et politique avec lespoir quelle mûrisse et se consolide. Mais nous pouvons aussi céder à un certain mimétisme du milieu, sans prendre en compte quil existe une différence fondamentale entre lobjectif dun système démocratique et celui dun engagement fraternel. Dans un régime démocratique, chaque citoyen ou groupe de citadins a la garantie de revendiquer ses droits à labri de la loi; la fraternité évangélique, au contraire offre à chaque frère de sy intègrer volontairement, lopportunité de faire de sa vie un service permanent, renonçant à ses intérêts propres, et si nécessaire, jusquà ses propres droits, tenant en compte les intérêts des autres (LFid,4).
Vue dans cette perspective chrétienne, lobéissance peut parfaitement sharmoniser avec une aspiration, très généralisée dans les secteurs les plus sains de notre jeunesse, à dominer les chemins battus, juridiques et moraux dans lesquels ont été présentés lobéissance religieuse, pour lenraciner de préférence dans une dynamique de charité noble et gratuite, et en même temps en recherche de la volonté de Dieu à travers les instruments de toujours: la Loi et la personne du supérieur.
Les supérieurs qui savent être ministres et serviteurs, nous manquent, ceux qui se compénétrent de la fonction dêtre les guides et animateurs des frères; et se proposent de servir en chaque frère le dessein damour du Père (Paul VI, ET 25), attentifs à respecter et valoriser les dons de la nature et de lagrâce de chacun. Dautre part ils sont peu nombreux lesreligieux qui acceptent avec foi et reconnaissance une telle sollicitude pastorale, non comme prérogative de celui qui commande, mais comme un droit de celui qui obéit.
Comme réaction inévitable contre ce concept traditionnel de lautorité et contre une certaine ascèse également traditionnelle, de lobéissance aveugle, on a pu voir à lextrême opposé, certains religieux qui sans refuser pour autant dexercer les fonctions de supérieurs, sen acquittent avec une certaine inhibition, un certain complexe de timidité, laissant aller les choses, abdiquant de leurs responsabilités pastorales. Il est nécessaire de rétablir léquilibre, non par un retour à un autoritarisme et à une soumission passive, mais plutôt en sefforçant de renforcer les liens fraternels dun engagement commun, chacun à sa place et à son service spécifique, dans un climat de confiance et de spontanéité, de dialogue constructif, donnant et recevant réciproquement, tous également frères mineurs.
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Intériorisation
MA NOURRITURE EST DE FAIRE LA VOLONTÉ DE MON PÈRE
Ici une lecture serait opportune, celle du Psaume 119, méditée, personnifiée qui célèbre calmement le don de la Loi du Seigneur et la profondeur de ses desseins. Jai envie de savourer, pour le moins quelques versets:
Heureux ceux qui marchent selon la volonté du Seigneur, avec une vie irréprochable; heureux ceux qui la cherchent de tout leur cur, gardant ses préceptes.
Comment jeune garder pur son chemin ? ...en observant tes paroles. De tout mon cur je te cherche; fais que je ne dévie pas de tes commandements.
Ma joie consiste à
apprécier tes préceptes, plus que toutes les
richesses. Je médite sur tes préceptes et ne saurai
mécarter de tes chemins. Ta volonté est pour moi un
plaisir, jamais je noublierai tes paroles...
Guide moi au chemin de tes préceptes, car jai là mon
plaisir,
Infléchis mon cur vers ton témoignage...
Tes commandements seront pour moi un délice, que jaime
tant, vers moi je lèverai les mains à les redire.
Si ta volonté nétait pas pour moi un plaisir,
jaurais déjà
expérimenté le malheur, jamais je noublierai tes lois,
avec elles tu mas donné la vie.
Quand je tentends, Seigneur, dans lévangile, parler
de la volonté du Père, cest comme si souvrait sous
mes yeux le mystère de lunité trinitaire, en laquelle la
diversité des personnes et des missions devient unité ineffable
en un unique amour et volonté.
Je comprends la manière dont Saint François contemple luvre de la création: Pour toi-même nous te rendons grâces, parce que , par ta sainte volonté et par ton unique fils, avec le Saint Esprit, tu créas toutes choses (1R 23,1).
La volonté de Dieu, cest elle qui est la cause de mon existence, de ma vocation, de mon espérance, elle est la source de tout ce quil y a eu de bon et de bien durant ma vie.
Je voudrais faire miennes les expressions dune fille de Sainte Claire, qui de manière exceptionnelle eut une expérience mystique de la volonté divine, sainte Véronique Giuliani:
La volonté de Dieu est le commencement, le milieu et la fin de notre vie et de notre action. Elle est la vie de lâme. Elle est mon rempart, ma force, mon bouclier de protection, le port assuré de mon refuge. La première école de perfection. Source de joie et de bonheur. Elle transforme la souffrance en plaisir, et rend doux ce qui est amer. Elle est ma Paix, source de paix et de tranquillité. Dans les inquiétudes, elle nous tranquillise, elle transforme nos ennuis en joies, adoucit toutes nos aigreurs, nous défend dans les tentations et allège nos peines. Elle est le chemin qui nous conduit au ciel, et du ciel à la terre, ciel anticipé. La volonté de Dieu a constitué le bonheur des bienheureux. Elle serait capable de transformer la terre en paradis... (Journal de la Sainte).
Mais comment connaître ta volonté, Seigneur ? Ne fais-tu pas entendre ta voix, ne viens-tu pas te substituer à ma volonté ? Je suis moi, finalement cest à moi qu il appartient de décider et dagir. Tu mas fait libre et tu respectes la liberté que tu ma donnée.
Ne serait-il pas mieux que je réalise ton dessein et ten donne la gloire sans avoir la possibilité de my opposer comme cela arrive avec les fleurs, avec les alouettes, avec frère soleil ? Comment puis-je savoir si je te suis agréable?
Saint Paul indique un moyen pour discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon et agréable et parfait à ses yeux (Rm 12,2): la rénovation constante de lhomme intérieur.
Dés lors, il suffit que je travaille à purifier continuellement mes tendances, mes préférences, mes intentions, pour demeurer toujours en accord avec la volonté divine. Mais dans la réalité, Dieu, le Père du ciel, me donne de connaître sa volonté à travers dinnombrables signes que la foi maide à interpréter.
Le premier signe est sa Parole, vive et efficace, consignée dans les Saintes Écritures. Quand François dans sa vie avait besoin dun peu plus de lumière, il ouvrait le livre des évangiles.
Ses commandements sont les signes concrets de sa volonté, les lois de lÉglise, mes engagements avec des personnes consacrées, la législation de mon institut, la détermination de mon supérieur, un office quil mappartient de développer, un changement parfois imprévu....
Les vicissitudes de la vie moffrent de belles ocasions de donner mon acquiescement à la volonté de Dieu: un contre temps, un accident, une maladie...et aussi tant doccasions de faire le bien, daider ou de consoler un frère... Un oui joyeux et décidé à lappel de lEsprit en certaines occasions, donne à ma vie plus de valeur, lillumine et lélève.
Mais aussi, le courage de savoir dire non à tout ce qui est contraire à la volonté de Dieu, ces belles occasions qui me sont données de renoncer à ce que je sais quil naccepte pas de ma part, tout ce qui contredit lEsprit Saint (Ep 4, 14-16), cet hôte très doux de lâme qui habite en moi pour me rappeler que je suis fils de Dieu, et non esclave (cf Rm,14-16).
Ce sera ma prière continuelle: Enseigne-moi, Seigneur, à faire ta volonté, parce que tu es mon Dieu. Que ton très doux esprit me guide par les droits chemins (Si 143,10).
Plaise à Dieu, quà la fin de mon existence terrestre je puisse faire mienne cette prière qui fut la tienne, toi, mon Rédempteur , en expirant sur la croix: Tout est consommé! (Jn 19, 30). Mission accomplie !
Rien de plus approprié pour conclure cette journée, que la conclusion de François à la fin de sa lettre à lOrdre. (LO 50-52): Dieu tout-puissant, éternel, juste et miséricordieux, donne-nous à nous misérables, à cause de toi-même, de faire ce que nous savons que tu veux, et de toujours vouloir ce qui te plait, afin qu intérieurement purifiés, intérieurement illuminés et embrasés du feu de lEsprit-Saint, nous puissions suivre les traces de ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et par ta seule grâce parvenir jusquà toi, Très Haut, qui, en Trinité parfaite et en simple Unité, vis et règnes et est glorifié, Dieu tout-puissant, pour tous les siècles des siècles. Amen.
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ÉPILOGUE ET RÉVISION DE VIE
1 - Ai-je suffisamment médité le mystère dobéissance du Christ, fondement du choix de vivre en obéissance ? Ai-je découvert, comme Saint Paul et Saint François, que la véritable liberté consiste dans la capacité de me mettre volontairement au service des autres ?
2 - François parle dobéissance de charité, ce qui signifie, une obéissance dictée et motivée par la charité, exprimant la communion qui doit régner entre les frères qui, eux-mêmes sacrifient les préférences qui sont les leurs. Est-ce que je me sens heureux dexpérimenter lamour fraternel, comme fruit de ce renoncement ?
3 - Sil me fut confié la charge de servir les frères par lexercice de lautorité, ai-je bien présent à lesprit que je suis un désapproprié pour lutilité commune, et que mon devoir est de servir en chaque frère le dessein damour du Père, vivant comme frère parmi les frères, sans arrogance, sans fierté, sans auto-suffisance, mais avec la conscience vive de ma propre responsabilité ?
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