François et Claire à l'écoute de la Parole

Quatrième jour

La Loi de l'Amour

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2. “La Charité Fraternelle”

- 1 Le NOUVEAU COMMANDEMENT DE JÉSUS

- Qui n’aime par son frère n’aime pas Dieu
- “Aimez vous comme je vous ai aimés “.
- L’Église naissante expérimente le commandement nouveau

- 2 La FRATERNITÉ ÉVANGÉLIQUE FRANCISCAINE

- Les frères que le Seigneur nous a donnés
- Comment se construit une fraternité à partir de l’intérieur
- Les ennemis de l’union fraternelle

- Actualisation: LA VIE FRATERNELLE DANS LE CONTEXTE ACTUEL
- Valeurs évangéliques qu’il est nécessaire de découvrir

- Intériorisation:
EST-CE QUE JE FAIS DE MA VIE UN DON POUR MES FRÈRES ?

Première méditation

Le COMMANDEMENT NOUVEAU DE JÉSUS
Lecture biblique : 1 Jean 4, 7-12

Celui qui n’aime pas son frère, n’aime pas Dieu

Le thème d’aujourd’hui vient à la suite de celui d’hier; c’est la seconde dimension de l’amour. Bien plus encore, l’amour du prochain est la preuve de l’authenticité de notre amour pour Dieu: Si quelqu’un dit qu’il aime Dieu, mais s’il n’aime pas son frère est un menteur (1 Jn 4, 20). Un amour de Dieu qui est authentique, conduit à l’amour du prochain; et réciproquement, la charité pour le prochain, étant la manifestation de notre charité pour Dieu, conduit à l’amour de Dieu. Cette étrange logique est celle de Jean dans sa première lettre: Frères très chers, si Dieu nous a aimés de cette manière, nous aussi nous devons nous aimer les uns les autres (1Jn 4,11).

Dans le grand jour du destin éternel, Christ jugera les nations exclusivement sur la Loi de l’amour, et plus concrètement sur l’amour fraternel. Indicible sera la surprise de ceux qui se retrouveront à sa droite à écouter la sentence: Venez les bénis de mon Père prendre possession du royaume... parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez accueilli, j’étais nu et vous m’avez vêtu, j’étais étranger et vous m’avez donné l’hospitalité emprisonné et vous êtes venu me visiter...” Beaucoup parmi ceux-là n’avaient pas beaucoup de piété, d’autres peut-être n’avaient pas entendu parler de Jésus... Ils seront stupéfaits d’apprendre que tout geste de bonté fait en faveur de quelque nécessiteux, Jésus le considère comme fait à lui-même; ils l’avaient rencontré et aimé sans savoir. Par contre elle sera terrible la surprise de ceux qui sont à sa gauche; ceux qui, bien instruits de leur foi, admirés pour leurs sentiments et pratiques religieuses, vénérés par l’austérité de leur vie, mais qui s’étaient fermés à l’amour du Christ à travers leurs frères (Mt 25,31-46).

Déjà Isaïe avait déclaré au nom de Dieu, quel est le jeune qui lui est agréable “Ne savez-vous pas le jeûne qui lui plaît, rompre les chaînes injustes, délier les liens du joug; renvoyer libres les opprimés, briser tous les jougs; partager ton pain avec l’affamé, héberger les pauvres sans abri, vêtir celui que tu vois nu et ne pas te dérober devant celui qui est ta propre chair (Is 58, 6s).

Ce fut le chemin de la conversion de François: la compassion miséricordieuse pour les lépreux. Ce fut aussi celui de Claire, qui, encore adolescente, ”aimait beaucoup les pauvres, prenait pitié des affligés, aimait pouvoir donner des aumônes, elle s’arrangeait même à leur faire parvenir des aliments dont surabondait la table familiale” (PCL 1, 2-4; III, 7; XVII, 1.7; XX,3).

“Aimez-vous comme je vous ai aimés” (Jn 13,34)

Nous nous souvenons de la réponse donnée par Jésus au docteur de la Loi : Le second est semblable au premier, tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 22, 39). Telle est la mesure de la charité dans la “loi et les prophètes”; et il serait certainement merveilleux que celle-ci se transforme en réalité, pour le moins chez les personnes consacrées à Dieu: que chacun de nous aime son frère ou sa sœur et de la même manière qu’il s’aime lui-même.

Mais Jésus en fixant le but de ce règne de l’amour, va plus loin. Le modèle qu’il nous présente est son propre Père, la perfection du Père, l’amour du Père:

Moi je vous dis: aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent; ainsi vous deviendrez les fils de votre Père céleste, qui fait briller son soleil aussi bien sur les justes que sur les méchants... Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait (Mt 5, 43-48). Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux (Lc 6,36).

Et dès là que le Fils est l’expression de l’amour du Père, ici sur la terre, quand l’occasion lui sera donnée de promulguer son commandement, le nouveau, Jésus le fera en ces termes , répétant avec insistance: “Je vous laisse maintenant un commandement nouveau: que vous vous aimiez les uns les autres, comme moi je vous ai aimés. En cela on reconnaîtra que vous êtes mes disciples: si vous vous aimez les uns les autres”...”Voici mon commandement: aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Nul n’a d’ amour plus grand que celui qui donne sa vie pour ceux qu’il aime” (Jn.13, 43s; 15,12-17).

La nouvelle mesure d’amour est celle là: aimer comme Jésus, aimer jusqu’à donner sa vie pour le frère. Avec ce nouvel objectif, “la loi et les prophètes” sont amplement dépassés, et il devient nécessaire de corriger certaines maximes qui courent encore, et qui ne sont pas inspirées de l’évangile, comme celle qui dit “charité bien ordonnée commence par soi-même”. Personne n’est obligé d’aimer les autres plus que soi-même; ici cependant il n’est plus question de pécher contre la charité, mais de vivre et de pratiquer ce qu’a vécu notre Rédempteur, jusqu’au bout (Jn 13, 1); il s’agit d’être ou de ne pas être disciple du Christ.

Et donc d’après l’évangile, le bien de mon frère a priorité sur mon propre bien, le succès de mon frère est plus important que le mien propre, le bonheur de mon frère importent davantage que mon propre bonheur, la santé et la vie de mon frère ont plus d’importance que mon propre bonheur, ma santé et ma vie. Ce qui revient à dire: c’est dans le bonheur de mon frère que je trouve mon propre bonheur.

C’est cette charité qui est la première caractéristique des disciples du Christ, même si elle inclut et élève les sentiments naturels les plus nobles, comme les liens familiaux et les relations d’amitié, d’affinité culturelle et autres se situant au-dessus et au delà de tout motif purement naturel :“Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi ..Si vous aimez seulement celui qui vous aime, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains n’en font-ils pas autant? et si vous saluez uniquement vos amis, que faites-vous d’extraordinaire ? Cela les païens le font aussi (Mt 5, 43-47).

Qui est notre prochain ? demanda à Jésus le docteur de la loi , et il reçut en réponse la parabole du bon Samaritain, qui a secouru un voyageur maltraité par des brigands: “Lequel des trois, à ton avis s’est montré le prochain de cet homme...”C’est celui qui a fait preuve de bonté envers lui” (Lc 10,25-37). La véritable charité chrétienne ne fait aucune discri- mination; plus encore elle ne commence à être authentiquement chrétienne que lorsque nous aimons celui qui ne nous aime pas, ou simplement celui qui ne nous plait pas. Quand François menait joyeuse vie, il ne voyait dans les autres que de simples camarades; mais quand, dominant son extrême répugnance, il s’approcha du lépreux pour l’embrasser, il commença à voir en chaque homme un frère, il commença à aimer.

L’Église naissante expérimente le nouveau commandement

On a l’impression que les apôtres, aussitôt après l’effusion de l’Esprit Saint, s’empressèrent de vérifier à quel point, était réalisable la notion évangélique de la charité dans les relations humaines. Le résultat fut surprenant: une union fraternelle vécue et savourée. Les croyants se réunissaient avec assiduité pour écouter la Parole, pour prier ensemble et participer à la fraction du pain; ils partageaient l’aliment avec allégresse et simplicité de cœur. Ce témoignage fut leur première forme de prosélytisme: "Jour après jour le Seigneur incorporait à la communauté ceux qui étaient appelés au salut" (Ac 2, 42-47). Jésus le leur avait promis, c’était le sceau d’authenticité chrétienne (Jn 17,21-23). Ne serait-ce pas là le secret de la rapide expansion de l’Église ? Encore à la fin du IIme siècle l’apologiste Tertullien recueillera le commentaire des païens: “C’est surprenant de voir combien s’aiment les chrétiens !”

Mais les fidèles ne tarderont pas à découvrir qu’ils ne pourraient parvenir à l’amour unificateur sans supprimer le principal obstacle: le tien et le mien, et ils décidèrent de se débarrasser de leurs biens personnels en les vendant et en donnant le produit de la vente aux apôtres, pour qu’ils le distribuent , suivant les nécessités de chacun. Ils mettaient tout en commun. libérés ainsi des préoccupations et d’intérêts égoïstes, Ils formaient un seul cœur et une seule âme (Ac 4,32-35).

La catéchèse apostolique a attribué une grande importance à la pratique évangélique de la charité, comme cela transparaît à travers tous les livres du Nouveau Testament. Saint Paul élabora une complète doctrine théologique et ascétique de l’amour fraternel, élément constitutif fondamental de la dynamique des groupes chrétiens réunis au nom de Jésus, avec pour centre et signe de communion la participation à un unique pain et unique calice (1Co 10,16s), et comme force de cohésion vitale l’Esprit Saint, dont il distribua diversement ses dons, conformément aux fonctions spécifiques de chacun deses membres.

Pour que le groupe des sanctifiés en vienne à constituer une communion, la première étape est l’acceptation mutuelle des frères: Pour la gloire de Dieu acceptez- vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis (Rm 15,7). Cette union réussit à se développer grâce à la bonté, à l’amour réciproque et aux autres vertus qui constituent l’ornement de celui qui a revêtu le Christ, la charité étant le lien qui donne unité à cet ensemble:

“Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez vous des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre vous, pardonnez-vous mutuellement; comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même, vous aussi. Et par dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait. Que règne en vos cœurs la paix du Christ, à laquelle vous avez été tous appelés en un
seul corps
(Col 3 12-15).

Même ainsi le “vivre ensemble” fraternel est difficile, compte tenu des différences de caractère, d’âge, de culture, de goûts et de centres d’intérêts. Sans nous en rendre compte, nous pouvons être un poids difficile à porter par nos frères: Aidez-vous les uns les autres à supporter les difficultés, ainsi vous accomplirez la loi du Christ (Ga 6,2).

Dans son grandiose hymne à l’amour, au chapitre 13 de sa première lettre aux Corinthiens, l’apôtre décrit les qualités de la véritable charité. Magnifique résumé pour un examen sur cette vertu:

L’amour est patient,
l’amour rend service,
il ne jalouse pas,
il ne plastronne pas,
il ne s’enfle pas d’orgueil,
il ne fait rien de laid,
il ne cherche pas son intérêt,
il ne s’irrite pas,
il n’entretient pas de rancune,
il ne se réjouit pas de l’injustice,
mais il trouve sa joie dans la vérité.
L’amour excuse tout,
il croit tout,
il espère tout,
il endure tout,
L’amour ne disparaîtra jamais...
(1Co 13,4-7).

L’amour fraternel a constitué le thème continuel des exhortations de Saint Jean l’Évangéliste. Sa première lettre est un véritable traité mystique sur le commandement nouveau. Cela vaut la peine de le méditer attentivement.

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Deuxième méditation

La FRATERNITÉ ÉVANGÉLIQUE FRANCISCAINE
Lecture biblique: Matthieu 7, 1-12

Les frères que le Seigneur nous donne

Dans son testament, parmi les dons que François, dit avoir reçu de la bonté divine, l’un des plus grands, après sa conversion, est celui d‘avoir reçu des frères, appelés comme lui à partager la vie évangélique: “Le Seigneur me donna des frères”. Dans le processus de sa conversion, à la nécessité d’aimer et d’être aimé, il eut à passer par le creuset de la purification. Étant lui-même un jeune extrêmement sociable et ouvert à l’amitié, il se vit au milieu d’un douloureux isolement humain, rejeté par son père, raillé par son frère, évité par ceux qui antérieurement étaient de ses amis, objet de compassion pour les personnes plus sensibles, traité par d’autres de pauvre fou...Mais tout changea à partir d’une lecture de l’évangile, il découvrit en lui une nouvelle dimension de l’amour fraternel : un message de paix et de bonheur à porter aux hommes et une vie à partager avec d’autres.

L’arrivée du premier compagnon, Bernard de Quintavalle, “fut pour François motif d’une joie délirante: la venue de ce très pieux et estimable personnage était la preuve que le Seigneur avait soin de lui, lui donnant un compagnon nécessaire et un ami aussi fidèle” (1C 24). Ainsi, il embrassait chaque nouveau candidat qui se présentait, l’accueillant comme un cadeau de leur Père commun. Commençait alors à naître une fraternité, engagement spontané de personnes qui éprouvaient la nécessité de vivre ensemble, se complétant mutuellement. Quelques années plus tard, sous l’orientation de François, Claire accueillerait des compagnes, comme un cadeau du Donateur de tous les biens. Ainsi précise-t-elle dans son testament : “Moi, avec les sœurs que le Seigneur m’a, données, librement, j’ai promis obéissance à François”.

Le point de départ, pour qu’un groupe humain se réalise à l’intérieur et se projette à l’extérieur est l’acceptation sincère de chaque membre, tel qu’il est, sans réserves; dans le cas contraire apparaîtraient des situations de marginalisation et d’ostracisme. François et Claire nous offrent la meilleure solution pour réussir. Contrairement à d’autres regroupements purement humains, une communauté religieuse est formée de personnes qui ne se choisirent pas préalablement entre elles; l’unique raison de se trouver ensemble est un appel divin, “inspiration divine” selon le concept et l’expression franciscaine. Et précisément cette origine diversifiée, en vertu d’une élection divine, donne encore plus de valeur à cette union fraternelle, comme le rappelle Saint François dans son testament lyrique aux sœurs pauvres:” Écoutez, petites pauvres appelées par le Seigneur, qui de plusieurs pays, régions ou peuples avez été rassemblées...”

Jésus également recevra, comme un don du Père chacun des appelés à former le collège apostolique: “J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du milieu du monde. Ils étaient à toi, tu me les as donnés et ils ont observé ta parole... Père que tous ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi...(Jn 17,6.24).

François craignait de mésestimer, ou même rabaisser le don de Dieu. D’où sa manière de respecter l’individualité de chaque frère, bien que chacun soit un don très différent des autres: Un Bernard avec un Gilles, un Massée avec un Léon, un Rufin avec un Junipère... Ce fut dans ce contexte pittoresque, humainement difficile à harmoniser, qu’il réussit à mettre en route les prouesses des chevaliers de dame pauvreté, intimement unis par amour, simplicité et allégresse. Le fondateur usait d’une tactique très évangélique, pour les accueillir tous et leur donner d’être heureux entre eux : c’était de faire ressortir de chacun, uniquement le côté bon et le positif, qui ne manque jamais, en évitant de donner de l’importance au côté négatif, qui ne manque pas davantage . Harmonisant ainsi les valeurs positives de chacun, il pouvait nous présenter le “frère mineur parfait” (MP 85).

Belle leçon, et pleine de subtilité, celle qu’il donna à un supérieur -ministre- ,qui lui demandait d’aller vivre dans un ermitage, il était découragé de n’avoir pas réussi auprès des frères qui lui étaient confiés: “N’attend pas d’eux autre chose que ce que le Seigneur attend de toi à son égard. Aime les tels qu’ils sont; ne prétend pas qu’ils soient meilleurs chrétiens selon tes critères”(LMin 6-7).

Comment se construit la fraternité de l’intérieur

Thomas de Celano nous a laissé un portrait suggestif du groupe qui s’était formé autour de François, tel que ce biographe en a été le témoin lorsque, à son tour, il y entra. Un amour sincère et loyal unissait les frères dans cette vie itinérante; chaque fois qu’ils avaient l’occasion de se rencontrer ce n’était que accolades, embrassades et autres manifestations d’affection, et cela sans aucun complexe ni simulation. Et il souligne le rôle joué par la pauvreté totale, extérieure et intérieure vécue dans l’allégresse:

“Comme ils attachaient peu d’importance aux choses de la terre et n’entretenaient pas entre eux de sympathies particulières, ils mettaient en commun l’intensité de leur affection...quand ils étaient séparés, il leur tardait de se voir à nouveau réunis; Quand ils étaient ensemble, ils goûtaient avec délices ces moments merveilleux; mais lorsqu’ils devaient se séparer de nouveau cela leur devenait dur et douloureux... ils méprisaient si cordialement tous les biens de la terre qu’ils n’acceptaient que contraints les choses nécessaires à la vie; d’ailleurs, habitués dés longtemps à se refuser tout confort, ils envisageaient sans peur n’importe quelle austérité..” (1C 38-41).

Bien qu’elle se trouva dans un contexte très différent la fraternité de Saint-Damien, avec sa clôture rigoureuse et au rythme invariable de ses obligations communautaires découvrit aussi, sous les orientations de Claire le trésor de la communion fraternelle, en harmonie d’esprit et de volonté... Ce que le même biographe observa chez les sœurs pauvres en 1228:

“Brille en elles en effet, la vertu la plus vivace de toutes une mutuelle et continuelle charité, qui unit si bien toutes les volontés, que fussent-elles quarante ou cinquante à demeurer ensemble, les mêmes vouloirs et les mêmes renoncements ne forgent qu’une seule âme, de toutes ces âmes si diverses” (1C 19).

Les cœurs libres sont les seuls à pouvoir aimer en vérité. L’amour ne peut être ni libre, ni vrai, s’il est égoïste ou intéressé. Le véritable amour est gratuit, il est don de soi-même; il ne spécule pas avec le bien qu’il fait. C’est là l’enseignement de l’évangile; Quand tu offres un banquet, invite les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles. Et considère-toi heureux de ce qu’ils ne peuvent te rendre la pareille...(Lc, 14, 12s). Dans les exhortations de François, nous pouvons lire: “Heureux le serviteur qui aime de la même affection, le frère infirme autant que celui qui a la santé et dont il pourra espérer rétribution” (Adm 24).

La charité véritable est, par ailleurs, active. Un sentiment intime de reconnaissance ne suffit pas, écrit Saint François dans sa première Règle : “Qu’ils s’aiment mutuellement...et traduisent en œuvres leur amour mutuel, comme dit l’apôtre: N’aimons pas en paroles et discours, mais en action et en vérité (1Jn 3, 18). Sainte Claire s’exprime de la même façon: “en vous aimant les unes les autres de la charité du Christ, l’amour que vous avez au-dedans, montrez le au dehors par des actes, afin que, provoquées par cet exemple, les sœurs croissent toujours dans l’amour de Dieu et la charité mutuelle”(TCL (59-60). Oh! comme il est bon et agréable, à ceux qui se sentent frères de vivre unis! (Si 133, 1). C’est bon et agréable mais ce n’est pas toujours facile. Même en accueillant avec foi chaque frère comme un don de Dieu, même en purifiant son affectivité pour les aimer d’un amour libre et serein, ne pensons pas que la vie fraternelle soit un fait acquis. Personne n’a l’illusion de la voir venir à sa rencontre toute préparée pour se servir d’elle. Non. La vie fraternelle est une tâche à recommencer chaque jour. Si chaque matin tu te proposes d’être davantage frère de ton frère, et si tu passes toutes les nuits à rendre grâce à Dieu, parce que tes frères ont étés bons avec toi, tu dois les supporter un jour de plus, cela, oui, c’est la véritable fraternité !

Nous sommes tous différents. La diversité enrichit la vie en commun, aide à nous réaliser, à avoir besoin réciproquement les uns des autres. Mais elle exige aussi, au delà du fait d’accepter la réalité de chaque frère, de chercher à les comprendre. Comprendre une personne n’est pas nécessairement être d’accord avec ses idées ou approuver son comportement. Je peux être sincèrement convaincu de ce que les opinions de tel frère ne sont pas correctes, ou que sa conduite est répréhensible; mais je dois faire un effort pour me mettre à sa place et me demander à moi-même, si j’avais eu la même formation que lui, si j’avais le même âge, si j’avais été victime de la même maladie, si on m’avait fait à moi, ce qu’il a dû supporter... est-ce que je ne penserais ou agirais de la même manière ?

L’art de savoir sortir de nous-même et de nous situer dans la réalité de l’autre, a comme base évangélique un passage du sermon sur la montagne que la Bible de Jérusalem intitule : La règle d’or. Dans l’Ancien Testament celle ci avait été formulée en termes négatifs, et figurait parmi les conseils donnés par le vieux Tobie à son fils: Ne fais à personne ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse à toi-même (Tb 4,15). Mais Jésus a préféré lui donner une formulation positive; faites aux autres ce que vous souhaitez que les autres vous fassent, à vous même (Mt 7, 12).

Dans ce conseil évangélique, François a trouvé la clé des relations fraternelles. C’est le texte biblique le plus cité par lui: il l’applique aux circonstances les plus diverses. À cette norme doivent se soumettre aussi bien les supérieurs que les frères, se plaçant chacun dans la situation de l’autre (1R 5,4s); doivent la pratiquer également les frères qui soignent les malades, les servant comme ils souhaiteraient être servis (2R 6, 9); le responsable à l’égard du frère coupable, l’écoutant avec miséricorde, comme il désirerait être traité s’il était lui-même le coupable (LMin 17); le ministre doit accourir pour aider un frère qui éprouve des difficultés à être fidèle à la vie promise, “comme il voudrait qu’on lui fasse à lui-même s’il se trouvait dans une situation semblable” (1R 6,2); chaque frère doit aider son frère comme il souhaiterait être aidé lui-même s’il se trouvait dans une situation semblable (Adm 18, 1).

François et Claire parlent de frères et de sœurs “spirituels”, c’est à dire, ceux qui sont dociles à l’Esprit. Maiscela ne doit pas nous porter à donner à la charité un caractère purement spirituel. On n’aime pas seulement avec son seul esprit ou seulement son corps, mais avec tout notre être humain. L’amour fraternel doit surpasser en tendresse et abnégation la plus forte des affections naturelles, l’amour d’une mère pour son enfant :

“Chacun, selon la grâce que Dieu lui accorde, aime et soutient son frère, comme une mère aime et alimente son enfant” (1R 9,11). “Si une mère aime et prend soin de sa fille selon la chair, avec encore beaucoup plus de sollicitude une sœur doit aimer et entourer sa sœur spirituelle!” (RCL,8,16)

Les ennemis de l’union fraternelle

Dans un texte déjà cité, Saint Paul indique quelques attitudes contraires à la charité. Nous pouvons compléter la liste avec quelques autres signalées par François et Claire au chapitre 10° de leurs règles respectives.

- L’envie. On a coutume de la définir comme “jalousie du bonheur de l’autre” C’est là un vice très vulgaire, que nous découvrons facilement chez les autres, mais que nous avons du mal à discerner en nous. C’est un sentiment en soi-même si déraisonnable, une expression d’une telle immaturité, que nous avons honte de la ressentir. Et pourtant, si nous analysons lucidement les causes de la plupart de nos réactions négatives à l’égard des autres, nous sommes bien obligés de constater que l’envie en est la cause.

Saint Paul, lui-même nous a donné l’exemple d’une attitude noble devant ceux qui annonçaient le Christ “par envie et rivalité, et qui essayaient de le concurrencer: Mais qu’ importe? Que ce soit par envie ou avec sincérité, Christ est annoncé. Et c’est cela qui provoque ma joie (Ph 1,15-18).

C’est à l’envie que Saint François attribue le blasphème, parce qu’il affecte Dieu en personne. Ainsi comme il est absurde celui qui se glorifie du bien qu’il possède ou qu’il réalise par lui-même, alors que tout le bien procède de Dieu et lui appartient, pareillement il offense Dieu celui qui jalouse un frère pour le bien que le Seigneur dit ou réalise à travers lui: il commet le péché de blasphème, en effet il envie le Très Haut qui est celui qui dit et fait tout ce qui est bien” (Adm 8, 3). Dans la paraphrase du Notre-Père, il demande à Dieu la grâce de nous réjouir des biens des autres comme des notres propres (Pat 5).

- L’orgueil et la suffisance. Celui qui se juge supérieur aux autres est incapable de vivre en communauté, et plus encore de faire partie d’une fraternité de pauvres et de mineurs. Écoutons Saint Paul:

Au nom de la grâce qui m’a été donnée, je dis à chacun d’entre vous : n’ayez pas de prétentions au-delà de ce qui est raisonnable, soyez assez raisonnables pour ne pas être prétentieux, chacun selon la mesure de foi que Dieu lui donne (Rm 13, 3). “Ne faites rien par ambition personnelle ni par orgueil, mais avec humilité, considérez les autres supérieurs à vous mêmes” (Ph 2, 3).

François craint et pressent qu’une valorisation personnelle exagérée peut, avec le temps mettre en péril le climat de simplicité et de spontanéité de la vie fraternelle, et plus concrètement une certaine suffisance qui accompagne habituellement la science (cf 1,Co 8,1) (Adm 7), et la tendance des prédicateurs à “se montrer orgueilleux et prétentieux en vertu des bonnes paroles et actions, ou quelque autre bien que Dieu dit ou fait à travers eux...” (1R 17, 5-18).

- L’intérêt personnel. Saint Paul dénonce souvent cet ennemi de l’harmonie, même entre chrétiens : Tous recherchent leurs intérêts personnels et non ceux de Jésus Christ (Ph 2,21). La charité ne recherche pas son propre intérêt (1Co 13, 4). Personne ne cherche son propre bien mais celui des autres (1Co 10, 24; Ph 2,4).

L’égocentrisme peut surgir dans des communautés religieuses plus facilement que dans d’autres groupements humains. Par le simple fait que la vie commune résout un certain nombre de nécessités vitales, qu’elle offre un certain nombre de possibilités de réalisations personnelles, qui ne sont guère possibles à des personnes liées entre elles par la vie familiale et professionnelle. Les religieux qui placent ainsi, inconsciemment, leur moi au centre de leur vie ne manquent malheureusement pas; ce “moi” peut prendre différentes formes : plus grandes commodités, santé, réalisations... voire succès personnel..! Il arrive même qu’ils tirent profit de la vertu, de la disponibilité ou de la collaboration des frères. Pour Saint François cela représente la plus condamnable des appropriations. À ce propos, il n’est pas inutile de rappeler ce frère qu’il renvoya avec cette terrible parole : ”Va ton chemin frère mouche! Tu veux vivre au prix de la sueur de tes frères, et rester sans prendre part au chantier. Tu ressemble au frère frelon qui vit du travail des abeilles, mais veut être le premier à en manger le miel“( 2C, 75).

- Colère et effronterie dans les relations. Une parole démesurée, un geste offensif, une ironie piquante peuvent creuser une brisure irréparable entre deux personnes qui s’entendaient bien. C’est de nouveau Saint Paul qui inclut la colère parmi les ennemis de la charité (1Co, 13,5) et qui suggère le moyen d’éviter les effets désastreux d’une colère:

“S’il vous arrive de vous mettre en colère contre quelqu’un, ne péchez pas; que le soleil ne se couche pas sur votre ressentiment. Ne donnez aucune prise au diable....Aucune parole pernicieuse ne doit sortir de vos lèvres, mais s’il en est besoin, quelque parole bonne, capable d’édifier et d’apporter une grâce à ceux qui l’entendent (Ep 4, 25-32)...

La pratique permanente des vertus évangéliques aide à prévenir les emportements incontrôlés: “Où il y a patience et humilité - enseigne François - il n’y a ni colère ni dispute”. Même dans l’éloignement du cloître, la paix peut être mise en cause par des réactions désordonnées. Sainte Claire prévoit la possibilité que “puisse surgir l’une ou l’autre fois ce que Dieu ne permet pas, motif de dégoût et de scandale entre sœurs, par des paroles ou par des gestes”, et qui exige une prompte réconciliation ”avant de présenter au Seigneur l’offrande de l’oraison” (RCL 9, 7-10). Ce qui est l’application stricte du texte évangélique (Mt 5, 23).

-
Dureté et intransigeance. Jésus cheminait avec ses disciples à travers la Samarie, les habitants d’un village de samaritains refusent de le recevoir. Face à une telle attitude Jacques et Jean, “les fils du tonnerre”, s’indignent :”Seigneur, ordonne que nous demandions au feu du ciel de descendre sur cette ville pour la détruire? Jésus les reprend: Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes! Le Fils de l’homme n’est pas venu pour détruire des vies, mais pour les sauver!
(Lc 9,51-55). Autre occasion, Jean dit à Jésus: Maître, nous avons vu quelqu’un qui n’était pas des nôtres, expulser des esprits mauvais en ton nom, et nous le lui avons interdit, parce qu’il n’est pas des nôtres. Réponse de Jésus: Ne faites pas cela ! Qui n’est pas contre nous est pour nous (Mc 9, 38-40).

L’histoire nous montre combien il est difficile de concilier le savoir, réel ou prétendu, avec la vérité, avec la compréhension de l’erreur; la rectitude morale avec la bienveillance, la franchise avec l’égarement; l’amour du pécheur avec la haine du péché. Et quand des positions idéologiques ou des comportements moraux se transforment en credo d’un groupe, on tombe facilement dans le fanatisme, arrivant à refuser aux autres le droit de penser et d’agir de manière différente de la nôtre, simplement parce qu“ils ne sont pas des nôtres”.

Le message de Jésus, destiné à établir de nouvelles relations avec Dieu et le prochain s’est heurté au mur du formalisme et à la fidélité à des observances externes, imposées par des guides spirituels du peuple, intransigeants avec les transgresseurs de la loi, avec les publicains, avec la pécheresse publique, avec l’adultère. Et comme nous l’avons vu, il eut même à reprendre, ses propres disciples contre la tendance à l’esprit de secte.

Une chose est la correction fraternelle, selon la norme évangélique, pour aider le frère à revoir sa position, autre chose est de le traiter avec dureté. François a établi la correction évangélique à tous les niveaux de la fraternité, comme composante de sa dynamique interne. Devaient la mettre en pratique les sujets vis à vis de leurs supérieurs, et ceux-là avec leurs subordonnés, et tous les frères entre eux; si elle n’a aucun effet, alors doit intervenir l’autorité du ministre. Mais qui devait se faire, avec une grande considération du coupable.

“Et que tous les frères, tant les ministres et serviteurs que les autres, prennent garde de se troubler ou de se mettre en colère à cause du péché ou du mal d’autrui, car le diable par le délit d’un seul veut en corrompre beaucoup; mais qu’ils aident spirituellement , du mieux qu’ils peuvent, celui qui a péché, car ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais ceux qui se portent mal (Mt 9, 12) “ (1R 5, 7).

Dans la règle définitive le fondateur renforça encore la compréhension pour le frère coupable: “Qu’ils ne s’irritent ou ne se troublent pour le péché de l’un d’entre eux, en effet la colère et l’irritation troublent la charité, en soi-même et dans les autres” (2R 7, 1-3). Et en termes plus explicites, dans sa lettre à un ministre, il recommande : ”Et que nul des frères quisauraient qu’il a péché ne lui en fassent honte ni ne le critique, mais qu’ils aient grande miséricorde à son égard et qu’ils tiennent bien caché le péché de leur frère, car ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades...”(LMin 15).

La dureté et intransigeance est encore plus en contradiction avec l’évangile quand on use de mesures différentes pour qualifier la conduite: une mesure large pour soi-même et l’autre étroite pour les autres. Ce fut l’une des censures de Jésus aux docteurs de la loi (Mt 32,4). Ceux qui ont la responsabilité dans la formation ou dans le gouvernement de l’ordre ne devraient jamais oublier la profonde sentence de François: “Il pèche celui qui exige de son frère plus que ce que lui-même est disposé à donner au Seigneur” (Adm 17,2).

- Manque de sincérité, défiance, soupçon. Jésus, dans le nouveau style de relations humaines qu’il est venu inaugurer, enseigne à substituer aux formules emphatiques d’affirmations, une sincérité naturelle et vraie: Moi je vous dis: n’affirmez rien par serment...que votre manière de parler soit simple et directe: oui quand c’est oui; et non quand c’est non. Tout ce que vous ajoutez procède du mauvais (Mt 5,33-37).

Au contraire, quand manque la sincérité et la confiance, on vit dans une atmosphère de fausseté, de suspicion et autres attitudes feintes. Les frères se sentent distants, même s’ils vivent et prient ensemble. Certaines normes disciplinaires destinées à prévenir les abus, comme certaines méthodes de vigilance et de contrôle, contribuent fréquemment à maintenir ce climat de réserve au détriment de la spontanéité fraternelle. Il est certain qu’une sincérité excessive, sans délicatesse dans les procédés peut blesser et créer un climat de malaise; pire encore est la simulation et l’affectation. “Et partout où sont les frères et en quelque lieu qu’ils se rencontreront, ils doivent se recevoir spirituellement et avec affection, et s’honorer “les uns les autres sans murmurer” (1R 7, 15).

Il éleva à la catégorie de vertu évangélique la courtoisie, qui établit un équilibre entre une amitié franche et des relations de foi. Pour la forme, l’éducation était très courtoise, dit son biographe (1C 2, 17.83). Considérant la courtoisie comme une excellente disposition pour une vocation, il était tout heureux quand un candidat se présentait à lui d’une manière courtoise pour recevoir l’habit. Sur ce sujet les Fioretti nous content une belle histoire, nous n’en gardons
ici que la conclusion :

“...Sache bien , frère très cher, que la courtoisie est l’un des attributs de Dieu, par courtoisie il envoie le soleil et la pluie, aussi bien aux bons qu’aux mauvais, elle est la sœur de la charité, qui éteint la haine et fomente l’amour” (FI 37).

- Murmure et diffamation. Murmurer c’est exprimer son agressivité vis à vis d’une personne ; diffamer c’est lui voler sa réputation, la bonne impression qu’elle donne d’elle même. On diffame un frère, non seulement quand on divulgue à son sujet des informations calomnieuses, mais aussi quand on propage des choses vraies, mais qui ne sont pas du domaine public. Le droit à la bonne réputation est l’une des prérogatives inviolable de la personne. La diffamation peut parfois devenir aussi grave que l’homicide.

On peut dire, et c’est une triste vérité, que le murmure est la grande verrue des communautés religieuses. Il est douloureux de la trouver chez des personnes qui ont tout laissé sur une impulsion d’amour, pour chercher dans la convivialité fraternelle une aide pour une fidélité à sa propre consécration, de les voir ensuite passer leur temps à se dévorer mutuellement avec la langue. Notre surprise est moins grande quand nous apprenons que cette misère apparaissait déjà dans les premières communautés chrétiennes. Saint Paul écrivait aux chrétiens de Galatie tristement divisés. Toute la loi de Dieu se résume en un seul commandement de Dieu: Aime ton prochain comme toi-même. Mais prenez garde! Si vous passez votre temps à vous mordre et à vous entredévorer les uns les autres, vous finirez par vous détruire...! (Ga 5,14s).

Nous devons être attentif à l’usage que nous faisons de la parole: ce petit organe qui est la langue, est comme un feu, qui peut incendier une grande forêt... Avec elle nous bénissons Dieu notre Père, et avec elle nous médisons des hommes qui ont été créés à l’image de Dieu...Frères ne parlez pas mal les uns des autres!. (Jc 3, 2-12;4,11s).

François a découvert très tôt le mal qui pouvait résulter de la médisance . Dans sa première règle, il met ses frères en garde contre elle: “Qu’aucun des frères ne fasse du mal ou ne dise du mal d’un frère” (1R 5, 13). “Qu’ils se traitent avec respect et considération, sans donner place au murmure” (1R 7, 15). “Qu’ils s’aiment mutuellement...Qu’ils ne censurent personne, ni ne murmurent, ni ne diffament, en effet il est écrit: “les médisants et diffamateurs sont les ennemis de Dieu” (cf.R 7, 30)... Qu’ils ne jugent ni ne condamnent, et comme dit le Seigneur “Qu’as tu à regarder les minuscules péchés des autres (cf 7, 3; Lc 6,41); qu’ils pensent à leurs propres péchés avec l’amertume de l’âme” (1R 11,5-12). Dans sa règle définitive il a souligné la ”détraction et le murmure” comme étant les pires ennemis de la charité (2R 10, 7). Et dans l’une de ses exhortations il fournit la meilleure recette contre ce vice:

“Bienheureux le serviteur qui aime tellement et respecte son frère quand il est absent, comme lorsque il est présent, et ne dit rien de lui en son absence, qu’avec charité, il pourrait répéter en sa présence”(Adm 25).

Le vice du murmure a coutume de marcher main dans la main avec la paresse, contre laquelle François fut spécialement sévère. Le religieux dûment occupé n’a ni le temps, ni l’occasion de critiquer la vie des autres. Le frère Léon a entendu une fois le Christ se lamenter de ce qu’il y avait des frères qui passaient tout le jour à ne rien faire et à murmurer” (LP 116).

La diffamation de quelque frère causait une profonde peine au fondateur. Il disait que les diffamateurs”portent sous leur langue le venin qu’ils inoculent au prochain; raison pour laquelle chacun devait les éviter, et quand ils les entendaient parler, le mieux était de partir en d’autres lieux”. Un jour comme il entendait un frère dénigrer le bon renom d’un autre, il se tourne vers le ministre général du moment, Pierre de Catane , et lui dit: “De graves dangers menacent l’ordre s’il n’est pas mis un terme à la détraction”. Et il recommanda qu’il procéda à une enquête rigoureuse, et dans le cas où le frère diffamé serait innocent que soit imposée une sévère correction au diffamateur. Cette attitude de François - continue le biographe - “conduisit les frères de cette époque à faire entre eux une espèce de pacte, de manière à éviter tout ce qui pouvait porter atteinte à la réputation de tel ou tel” (2C,182). Et on attribue au fondateur une subtile analyse du mobile du détracteur, qui est une tentative de prendre sa revanche sur sa propre infériorité:

“Le détracteur fait en lui-même ce raisonnement: je suis loin d’être parfait, je n’ai ni le prestige que confère la science, ni aucun don particulier; je ne me trouve bien ni du côté de Dieu ni du côté des hommes. Je sais ce qu’il me reste à faire : je noircirai les élus, et j’aurai ainsi gagné la faveur des grands. D’ailleurs, je connais bien mon supérieur : c’est un homme comme moi, et il utilise parfois le même procédé que moi, afin que tous les cèdres étant abattus, il n’y ait plus que des buissons d’épines dans la forêt. Nourris toi de chair humaine, malheureux, et puisque tu ne peux vivre autrement, ronge les entrailles de tes frères” (2C 183).

- Discorde et division. Sainte Claire ajouta, pour sa part, elles sont les deux ennemis de l’union fraternelle (RCL 10, 6). Dés le début elle orientait la fraternité de Saint-Damien de manière à avoir entre toutes les sœurs”un seul vouloir et un seul non vouloir”, selon le témoignage de Celano (1C 19), elle réussit à maintenir unies les nouvelles sœurs que le Seigneur lui donnait. Mais elle, se demandait ce qui arriverait après sa mort , non pas tellement en raison des facteurs internes de division, mais des pressions qui auraient pu survenir de l’extérieur, comme cela arrive souvent dans les communautés féminines.

Jésus a fondé l’Église dans l’unité, et avant de s’immoler sur la croix, il pria son Père à plusieurs reprises: “Que tous soient un... pour que le monde croie que tu m’as envoyé (Jn 17,20-23). L’unité étant le but du plan de Dieu (4,16), elle est l’une des caractéristiques essentielles de la véritable Église. Malheureusement, discordes et divisions, schismes et hérésies ne manqueront pas tout au long de l’histoire, mais dés les temps apostoliques elles commençaient déjà à apparaître. Il en fut de même dans l’histoire des ordres religieux et en particulier, l’histoire franciscaine qui est émaillée de disputes, démêlés, scissions, dont quelques unes débouchèrent sur des mouvements de réformes enrichissantes.

Aujourd’hui aussi certains instituts vivent des tensions qui peuvent être indices de vitalité et espoir de renouveau. Il est très difficile à des personnes qui se sont
affrontées de continuer unies, comme Pierre et Paul !
(cf.Ga 2, 11-14). Mais ce qui importe est d’aspirer à cet idéal de l’unité dans la pluralité des idées, des sentiments, des options, avec à la base le respect pour les opinions d’autrui et dans une charité mûrie, davantage disposée à renoncer plutôt que de faire prévaloir ses propres points de vue, alors que sont en jeu le bien supérieur de l’union et du service des frères.

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LA VIE FRATERNELLE
DANS LE CONTEXTE ACTUEL

Valeurs évangéliques à redécouvrir

Dans l’engagement commun de la rénovation post-conciliaire, les franciscains ne furent pas les seuls à sentir la nécessité de revitaliser les relations inter personnelles, aujourd’hui plus distendues en raison de la dispersion imposée par les sollicitations venant de l’extérieur. Le magistère de l’Église est venu appuyer cet appel, et jusqu’au nouveau code de droit canon qui inclut désormais un canon spécial consacré à la vie fraternelle, comme engagement uni aux trois conseils évangéliques, objet de la profession (canon 602). La récente instruction de la Congrégation pour les Instituts de la vie consacrée du 2 février 1994, rappelle les avantages de la vie fraternelle et s’efforce d’orienter quelques uns de ses aspects dans le contexte historique d’aujourd’hui.

Les temps changent, mais les valeurs demeurent. Le contexte social et religieux dans lequel François et Claire ont vécu leur expérience évangélique était très différent du nôtre. Mais, déjà de leur temps, une évolution dans la manière de vivre apparaissait inévitable. Le groupe itinérant initial ne tarderait pas à se regrouper en des maisons, des lieux fixes, pour devenir des communautés conventuelles, avec son rythme monastique et la distribution harmonieuse entre un temps de prière et celui d’activités matérielles, intellectuelles et apostoliques. Les réformes successives tentèrent de récupérer cette simplicité et spontanéité dans un climat de pauvreté et de retraite; mais également ces formes nouvelles adoptèrent à des degrés divers un modèle de vie en commun, conditionné par des couvents avec leurs horaires uniformes et leurs normes caractéristiques. Dans les communautés du premier ordre la projection vers l’extérieur se limitait exclusivement à la prédication et à la mendicité. Les congrégations de vie apostolique qui surgirent en grand nombre, dès la moitié du XIXme siècle tentèrent d’établir également un équilibre entre les activités exterieures et les exigences de la vie communautaire.

Aujourd’hui, toutefois, tout a changé, compte tenu du nouveau contexte social et du ministère pastoral, de la nouvelle dynamique des moyens d’apostolat, et de nouvelles options de présence de la vie consacrée en milieux populaires. Il y a aussi à tenir compte de la provenance des vocations, qui viennent souvent de milieux urbains, contrairement au passé, avec des expériences très différentes, même au plan religieux.

L’effet qui aujourd’hui, se fait sentir négativement est celui de la dispersion, la déconnexion entre un projet de vie individuel et au plan communautaire, et la transposition du centre d’intérêt, même affectif, de la fraternité interne pour l’ engagement extérieur, avec en fait, une organisation de la communauté plus fonctionnelle, et conséquemment un manque de chaleur dans les relations entre les personnes.

Dans la pratique, le plus grand nombre de nos communautés, bien que de formes différentes de celles de la fraternité primitive itinérante, sont dans la réalité des fraternités dispersées, mais avec la différence que, en d’autres temps la dispersion aiguisait le désir de se retrouver entre frères: les chapitres réunis périodiquement étaient des occasions de joie bruyante, une fête de la fraternité; alors que maintenant, la structure conventuelle étant affaiblie, il est difficile de revitaliser d’autres liens plus importants que ceux de la vie en commun. Nos maisons peuvent arriver à se transformer en froides pensions, sans chaleur familiale.

Avant tout, les facteurs spirituels qui donnent un sens à notre consécration à notre témoignage et à notre message doivent faire l’objet de sérieux engagements fraternels. François a fait de la célébration eucharistique quotidienne, avec la participation de tous les frères, le centre de piété personnelle et d’expérience fraternelle. Autour de l’autel, nous ne formons qu’un seul corps, nous rappelle S.Paul. (1Co 10,17).

Où il n’est pas possible de célébrer quotidiennement la messe de la fraternité, il faudrait en organiser, au moins une par semaine. La liturgie des heures, est aujourd’hui plus brève, mais elle s’est considérablement enrichie de documents bibliques et patristiques. Toute la vie liturgique est une source irremplaçable de spiritualité.

L’oraison contemplative, en tant que telle est éminemment personnelle; mais elle peut être gravement mise en cause, soit par des activités extérieures, soit par l’ambiance interne de la maison: manque de l’espace de silence nécessaire, superficialité des relations, horaires inadaptés, relations superficielles, usage inconsidéré des moyens de communication.

Sur cet aspect particulier, le zèle des supérieurs ne suffit pas; la sincérité de tous est indispensable, avec de sérieuses motivations de foi. Dans le cas contraire, ces moments de méditation ou bien on les abandonne ou bien ils deviennent de simples pratiques routinières d’observance, sans âme. Elles ne peuvent être que le résultat d’un engagement commun, assumé positivement par chacun des frères. Pour cela il est urgent de revaloriser une autre valeur franciscaine de grande actualité: le dialogue confiant et constructif. Également sur ce point François fut un pionnier. Thomas de Celano nous rappelle que lorsque les frères revenaient de leurs tournées apostolique, il les réunissait et faisait avec eux une espèce de révision de vie: Les frères l’informaient de la manière dont les choses s’étaient passées, et le saint faisait avec eux le bilan de ce qui paraissait le plus positif ou de ce qui l’était moins, ainsi il les faisait entrer chaque fois un peu plus dans le sens d’une vraie vie évangélique (1C 30). De cette pratique est née le fameux chapitre de la fraternité, non comme structure de gouvernement, mais comme réunion de famille et révision de vie fraternelle. Au début, ils se réunissaient avec une certaine fréquence; ensuite deux fois l’an, et plus tard il n’y eut plus qu’ une seule réunion annuelle pour la Pentecote, mais avec la présence de tous, novices inclus. Plus tard, les responsables des provinces et des custodies, seront les seuls à se réunir régulièrement. La règle ne parle pas du chapître local, pour la simple raison qu’en 1223, date à laquelle elle a été écrite, il n’y avait pas de fraternités locales. Mais nous savons que, peu de temps après la mort du fondateur celui-ci était déjà entré en vigueur dans les communautés. L’un des premiers maître des novices, David de Augsbourg, orientait les jeunes sur la manière de se comporter dans la réunion fraternelle: le novice devait manifester ”avec liberté et humilité ce qui lui paraissait convenable, mais sans défendre avec opiniâtreté son point de vue, heureux d’avoir eu la possibilité de l’ exprimer pour s’en remettre ensuite au point de vue de ses
frères”. Sainte Claire, après une expérience prolongée durant de nombreuses années, impose, dans sa règle l’obligation pour l’abbesse de convoquer les sœurs, au moins une fois par semaine en réunion fraternelle, celle-ci doit se dérouler en deux temps. Le premier, de caractère pénitentiel, consiste en ce que chaque sœur, abbesse comprise, doit reconnaître humblement ses fautes communes et publiques; en second lieu l’abbesse traite avec toutes les sœurs des questions du monastère. Pour que pareil échange d’informations soit positif, il y a une norme, qui aujourd’hui est considérée comme fondamentale pour tout dialogue, savoir écouter, en donnant de l’importance à la sœur qui donne son opinion, quelle qu’elle soit, et ”souvent le Seigneur révèle ce qui est meilleur à la plus petite”
(RCL 4,15-18).

Dans l’actuel mouvement de rénovation, l’expérience montre que le meilleur moyen de réussir ne vient pas des lois, pour aussi complètes et sages qu’elles soient, ni des décisions capitulaires, ni de celles des supérieurs, mais bien de l’engagement fraternel, assumé avec responsabilité et maintenu en cohérence, soit par un plan de vie communautaire, établi au début de chaque année, soit en participant à des cours de formation permanente.

Quelques problèmes actuels de convivialité

La tension entre les générations, c’est cette attitude que prennent jeunes et moins jeunes en présence des circonstances de la vie. L’ancien, qui aime bien regarder en arrière - laudatur temporis acti - l’adulte, qui se sent sécurisé et actuel, et le jeune qui préfère regarder vers le futur, compte tenu de son inexpérience. Mais dans ces temps modernes, cette tension tend à s’émousser, compte tenu de la rapidité avec laquelle s’opèrent les changements socioculturels. Dans le cas de la vie religieuse, compte tenu de cette drastique diminution de vocations, principalement dans les nations occidentales et durant ces ultimes décennies. La moyenne des professeurs dans les instituts oscille entre soixante et soixante-dix ans. La plus grande partie d’entre eux commencèrent leur vie religieuse et reçurent une formation dans un contexte complètement différent de l’actuel. Or une telle domination des anciens dans les communautés, s’il peut favoriser la stabilité et donner une continuité aux valeurs traditionnelles en transmettant le poids de la sagesse résultant de l’expérience, entrave l’ouverture aux nouveaux panoramas ecclésiaux et sociaux. D’où une certaine résistance à tout ce qui pourrait se traduire par de nouvelles attitudes et idées originales; attitude dont eux mêmes se félicitent pourtant d’avoir été les promoteurs, en leur temps. Dés lors, les options des jeunes ne réussissent pas toujours à les convaincre.

La génération jeune, minoritaire, a reçu une autre formation et respire une autre atmosphère, peut-être de meilleur ton; jusqu’à leur propre vocation motivée par des circonstances différentes.

Beaucoup de candidats viennent de groupes ecclésiaux engagés, et viennent initiés à une vie profondément chrétienne et avec une expérience de la prière
plus ou moins grande suivant le milieu; Ils auront peut-être déjà expérimenté la vie en groupe, qui leur aura donné l’occasion de découvrir une forme de communion de vie différente de la vie familiale. Mais pour eux il devient difficile
de parvenir à une maturité de ces initiatives provisoires. En effet, une vie en équipe de fin de semaine et en régime de campisme, avec des compagnons du même âge, et la présence d’un animateur accepté par tous, est tout à fait différente d’une vie en commun, de jour et de nuit, sous le même toit avec des frères d’âges différents, de formation et de mentalités trés diverses; chacun ayant à assumer ses propres responsabilités en des domaines fort différents...

En d’autres temps, quand un homme se mariait, ou commençait à exercer une profession, ou recevait l’ordination sacerdotale, il passait de la catégorie de jeune à celle d’adulte; aujourd’hui on préfère continuer à être jeune, à s’habiller, à se divertir, à s’exprimer à la manière des jeunes...même à quarante ans ou davantage. Il est difficile de dépasser la camaraderie...

Mais nous ne prétendons pas qu’un jeune soit convaincu que son opinion est erronée, ou qu’un homme d’âge mûr admette être déphasé par rapport à son époque, ou qu’un ancien renonce à regarder en arrière. Nous revenons au thème d’une mutuelle acceptation de chaque frère et du groupe communautaire comme il est. Acceptation suppose compréhension, et nous pousse, comme nous l’avons déjà vu, à nous mettre à la place de l’autre. Elles ne manquent pas les propositions de constituer des fraternités homogènes de frères du même âge, de la même mentalité, jusqu’à celle d’un libre choix.!. Une vie fraternelle qui ne se construit pas en charité accueillante, capable d’accepter le frère qui ne plait pas, ne peut être ni évangélique ni franciscaine... elle ne durera pas longtemps.

La présence et l’action de séculiers dans la vie et dans l’action pastorale de l’Église, a poussé un certain nombre de fraternités franciscaines à s’ouvrir à des collaborateurs laïcs, surtout des membres de l’ordre franciscain séculier, et à se projeter de diverses manières dans la réalité sociale. Les frères mineurs, qui, selon Saint François, ont comme destinée “d’aller par le monde”, peuvent découvrir dans cet échange une plus grande dimension évangélique. Le danger réside en ce que un tel avantage se réalise au prix d’une perte d’identité, comme fraternité de consacrés et aussi la perte de l’identité fraternelle, à laquelle un fils de S.François ne peut renoncer.

Les communautés féminines contemplatives, par impératif de stabilité dans le même monastère, ont l’avantage d’être formées par des religieuses d’âges différents, avec chacune un passé et un tempérament différent...La “tension entre les générations” ne se remarque pas d’une manière inquiétante.

La disproportion entre le nombre de sœurs âgées et jeunes peut créer dans les couvents d’Europe une certaine anxiété de susciter des vocations, les poussant à admettre toutes celles qui tombent dans le filet; on peut, par ailleurs, avoir tendance à auréoler une jeune plus douée, qui ouvre à la communauté l’espoir de se renouveler - et cette jeune pourrait ainsi devenir le centre d’attentions et de jalousies qui la préjudiquerait et perturberait la bonne entente.

Heureusement ce risque peut être éliminé, ou pour le moins neutralisé en grande partie, par la formation des jeunes en noviciats communs. Par ailleurs ne manquent pas, en chaque communauté, des sœurs de profonde vie intérieure, pour offrir à cette jeune l’image sereine de ce qu’elle est en train de chercher.

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COMMENT FAIRE DE MA VIE
UN DON POUR MES FRÈRES ?

Comment actualiser les valeurs évangéliques qui donnèrent vigueur à la première fraternité franciscaine ?

Avant de débattre sur ce qu’il convient de faire, je commencerai par me demander si j’ai déjà réussi à découvrir le don que représente chacun de mes frères, et spécialement ceux qui vivent à mon côté, ceux que je rencontre chaque
jour. Ce doit être le point de départ. Il est certain que parfois le papier qui enveloppe ce cadeau de Dieu ne facilite pas le regard de foi qui me permette de voir en ce frère un sacrement de la présence du Christ, un reflet de l’amour que le Père a pour moi: alors qu’il m’apparait vague, pesant, sinon même antipathique...

Mais sous le papier d’emballage, je pourrai discerner un trésor de qualités positives et des vertus de mon frère. Il n’est pesonne qui n’en aie.

Ce serait une regrettable faute d’attention vis à vis de Dieu d’en rester à regarder l’extérieur de l’emballage et de refuser le cadeau sous prétexte qu’il ne plait pas.

Merci Seigneur pour le don que tu me fais, à travers chaque frère. De ce qu’il m’aime et me rende heureux, de l’aide qu’il m’apporte ou de la collaboration qu’il me demande, de ses conseils, de l’attention qu’il éveille sur mes défauts, de l’édification qu’il me donne par ses vertus...

Et merci également pour le frère qui ne sympathise pas avec moi, qui m’évite, qui m’humilie et me fait souffrir, qui ne me comprend pas et qui interprète mal mes paroles ou ma façon de faire... Merci Seigneur !

En m’appelant, Dieu a voulu faire de moi aussi un don pour mes frères. Est-ce que je fais effort pour que le don que je suis, soit accepté par eux, ou du moins soit supportable ?

Est-ce que je fais effort pour libérer mon cœur, comme l’enseigne Saint François, par une désapropriation extérieure et intérieure ? Renonçant à mes “appropriations affectives”, suis-je en condition pour mettre en commun ma capacité d’aimer, ma cordialité, ma sympathie, ma volonté de service, afin de créer dans la fraternité un climat d’amitié et de joyeuse convivialité ?

Est-ce que je sens la nécessité d’être avec les frères de ma communauté? Quand je ne peux participer à tel ou tel acte communautaire, oraison, partage, repas, est-ce que je me sens comme un membre détaché du corps ?

Ais-je informé le supérieur, et également les autres frères de mes occupations de mes projets et initiatives, de mes problèmes...? La charité évangélique est gratuite. Dieu aime qui donne avec joie (2Co 9,7). Il est plus facile de donner que de recevoir, enseigne Jésus (Ac 20,35).

Un religieux, une religieuse, qui fait de toute sa vie un don désintéressé, c’est avec eux que se construit une véritable fraternité.

Cette gratuité devient plus évidente, comme l’enseigne Saint François, quand le frère n’a pas la possibilité de me remercier (Adm 24).

Je m’interroge à nouveau: Quelle est mon attitude vis à vis du frère infirme? Est-ce que je sacrifie mon temps pour l’aider, lui tenir compagnie, l’encourager ?

Le malade spirituel ne mérite pas moins affection et compassion nous rappellent Saint François et Sainte Claire. Quelle attitude est la mienne avec le frère atteint d’une fragilité morale, si sa vocation est en crise, s’il se sent déprimé ou encore est victime de ses propres appréhensions?

Je dois m’habituer à cet exercice évangélique, tant recommandé par le séraphique Père, de me mettre à la place de mon frère qui souffre ou dont la conduite a été peu correcte, pour m’efforcer de le mieux comprendre lui et la situation dans laquelle il se trouve.

Le Seigneur sait parfaitement que la mesure d’amour qu’il a pour toi est la même que celle qu’il a pour mes frères; Si l’amour que j’ai pour mes frères est faible et calculateur, c’est parce qu’il ne nait pas de ton amour, pour cela, je te
demande comme Saint François:

“Que ta volonté soit faite comme au ciel, que nous t’aimions de tout notre cœur en pensant toujours à toi, de toute notre âme en te désirant toujours, de tout notre esprit en dirigeant vers toi toutes nos intentions, en cherchant en tout ton honneur, et de toutes nos forces... et les sens de notre âme et de notre corps, au service de ton amour et de rien d’autre; et que nous aimions nos proches comme nous-mêmes en attirant tous les hommes à ton amour selon nos forces en nous réjouissant du bien des autres comme du notre et en compatissant à leurs maux et en ne faisant aucune offense à personne (Pat,5).

ÉPILOGUE DE RÉVISION DE VIE

- Ai-je pris comme idéal de ma charité fraternelle la mesure indiquée comme modèle divin de l’amour : “donner sa vie pour mon frère” ?
Est-ce que je mets au service de mes frères, mon temps, mes forces, mes compétences, ma formation ?

- Est-ce que j’accueille chacun des frères de ma communauté, comme un don offert par le Seigneur ? Est-ce que j’exerce la charité surtout pour les frères
infirmes, anxieux, coléreux ... ?

- Suis-je sur mes gardes pour éliminer en moi tout ce qui s’oppose à la convivialité fraternelle, et pour développer la compréhension, l’affabilité, la cordialité, la délicatesse dans mes relations...? S’il est souhaitable d’utiliser la correction fraternelle, est-ce que je le fais avec humilité et charité ? Suis-je reconnaissant au frère qui la pratique à mon endroit ?

- Est-ce que je m’efforce de créer dans la communauté un climat d’amitié sereine, de dialogue confiant et constructif, qui évite de donner lieu à des murmures, à la défiance, aux ressentiments et aux réprimandes mordantes ..?

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Pour revenir au plan de la retraite : www.CapucinsToulouse.com/frclair.htm

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